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Naissance d'une toile, une adolescente qui résiste avant de trouver son nom.

  • ghlemp
  • 15 janv.
  • 2 min de lecture



Avant d’avoir un nom,

elle n’était qu’une présence.


Quelque chose insistait sur la toile, sans se laisser saisir.

Je ne savais pas encore qui elle était, ni ce qu’elle allait devenir.

Seulement qu’elle résistait.


Elle refusait d’être assignée trop vite.

Ni enfermée dans une figure reconnaissable.

Elle passait d’un visage à l’autre, comme on essaie des identités qui ne sont pas encore à sa taille.


Japonaise, peut-être.

Une Joconde trop sage.

Une princesse Leia qui aurait rangé son sabre laser, mais gardé le regard.


Rien ne s’imposait vraiment.

Et surtout, rien ne voulait encore se laisser nommer.



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L’adolescence difficile




C’était une adolescence difficile.


Pas au sens du caprice,

mais au sens de la tension.


Cette période où l’on sent qu’on est appelée à quelque chose,

sans accepter encore d’en porter le poids.


Elle cherchait son style comme on cherche sa voix.

Elle testait, contournait, refusait les évidences.

L’humour affleurait parfois, comme une protection,

une manière de ne pas se figer trop tôt dans une posture définitive.



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Le temps de la recherche




J’ai filmé cette période-là.

Pas pour montrer un savoir-faire,

mais pour garder trace de ce moment instable où le tableau se cherche lui-même.


Le making-off n’est pas un bonus.

C’est la naissance.


On y voit les hésitations, les reprises, les détours.

Le moment où la peinture avance sans encore savoir où elle va.


À ce stade, elle n’a ni nom, ni fonction.

Elle résiste encore.


---


Le seuil




Puis il y a eu une pause.


Un fond.

Un espace plus calme.

Un moment où rien ne se décide encore.


À cet instant précis,

elle n’avait toujours pas de nom.


Elle était au seuil.

Ni tout à fait dans l’enfance,

ni tout à fait dans l’âge adulte.


---


L’apparition





Et puis l’aurore boréale est apparue.


Pas comme un effet spectaculaire.

Plutôt comme une évidence tardive.

Ce n’est pas elle qui a choisi sa mission.

C’est la mission qui l’a reconnue.


C’est cette présence silencieuse qui s’est imposée à moi.

La toile, enfin, a cessé de résister.



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Princesse boréale




Dans certaines familles, la tradition ne se transmet pas par les armes,

ni par les couronnes.

Elle se transmet par la veille.


La Princesse boréale est une cousine lointaine de la princesse Leia.

Pas de celles qui combattent,

pas de celles qui gouvernent les mondes visibles.


Elle a hérité d’un rôle plus discret.


Quand vient la nuit,

quand les enfants s’endorment

et que les rêves commencent à se former,

elle est là.


Sous les aurores boréales,

elle surveille.


Elle lit les rêves d’enfants comme on lit un ciel nocturne :

les passages lumineux,

les zones fragiles,

les ombres qui tentent parfois de s’infiltrer.


Pour accomplir cette mission,

elle a accepté un sacrifice silencieux :

celui de sa jeunesse.


Non pas comme une punition,

mais comme un choix.


Car veiller sur les rêves d’enfants,

c’est rester au seuil :

ni tout à fait dans l’enfance,

ni tout à fait dans l’âge adulte.


Quand un cauchemar menace,

elle détourne, transforme, adoucit.


Quand un enfant se réveille sans raison,

le cœur encore calme,

le sommeil sauf,

c’est qu’elle est passée.


Personne ne la voit.

Personne ne la remercie.


Mais chaque nuit,

la tradition continue.


C’est cette présence silencieuse qui s’est imposée à moi.

La toile, enfin, a cessé de résister.


 
 
 

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